De l’opportunité d’élaborer des indicateurs et tableaux de bord dans le cadre du pilotage de la performance publique…

Francois CHAMOINFrançois Chamoin
FC FORMATIONS CONSULTING

ACP FORMATION : Qu’entendez-vous par « pilotage de la performance » ?

François Chamoin : Tout objectif défini ne rend pas compte de la réalité d’une mission, mais il rend réaliste l’action à entreprendre pour l’accomplir. Le pilotage de la performance est construit sur cet écart qui peut entraîner plusieurs types de décalage.

On note tout d’abord un premier décalage entre les notions d’objectif général et d’objectif mesurable. L’objectif général étant le plus souvent obtenu en mesurant la satisfaction des bénéficiaires.

On observe ensuite des décalages entre les objectifs stratégiques et intermédiaires, ces derniers étant obtenus en mesurant des activités ou des résultats.

Enfin, on constate l’écart existant entre les objectifs et les indicateurs. L’indicateur se définissant comme la mesure de « l’objectif ».

ACP FORMATION : Pourquoi parler « d’objectifs et d’indicateurs » ?

François Chamoin : L’utilité  de définir des prévisions favorise l’orientation et la clarification des actions menées dans l’organisation. Cela permet la mobilisation des ressources, moyens budgétaires et ressources humaines, et de fonder des pratiques de management par objectif (MBO). C’est enfin se donner les moyens de piloter, c’est-à-dire de prendre des décisions en cours d’action. Cela nécessite l’élaboration d’indicateurs et la tenue de « tableaux de bord »  ou « tableaux de performance des missions ».

Dans une perspective de pilotage de la performance, « l’intention exprimée » doit se transformer en « objectif mesurable » : il ne s’agit plus seulement de dire ce que l’on veut faire (« il n’y a qu’à », « faut qu’on… »), mais dans quelle mesure et dans quel délai on veut le faire.

L’indicateur permet de mesurer le niveau de réalisation de l’objectif mesurable. La valeur en cours d’exercice de cet indicateur traduit le niveau de réalisation de cet objectif à une date donnée. La valeur en fin d’exercice est le résultat obtenu.

C’est l’écart entre la valeur cible et la valeur en fin d’exercice qui fonde l’évaluation de la performance sur un objectif donné. C’est l’appréhension de cet écart qui permet de prendre, ou non, des décisions correctives.

À cet effet, il est toujours préférable de définir et de distinguer des objectifs intermédiaires liés à des leviers d’action opérationnels, ce qui implique d’identifier, parmi les multiples facteurs possibles, ceux qui sont susceptibles d’exercer une influence notable sur l’objectif et ceux que les responsables peuvent maîtriser. In fine, de définir les leviers d’action opérationnels, ceux qui agissent sur la performance.

ACP FORMATION : Comment cela peut-il s’appliquer à la sphère publique ?

François Chamoin : Les objectifs des projets et rapports annuels de performance (PAP) sont à considérer comme des objectifs stratégiques, qui ne doivent pas porter sur ce que fait l’administration (son activité ou sa production de biens et de services), mais bien sur les effets attendus des politiques publiques (qui intéressent le citoyen), ainsi que sur l’amélioration recherchée de la qualité des services publics (qui intéressent l’usager), ou sur l’économie de moyens mise en œuvre dans la réalisation des activités administratives (qui intéressent le contribuable). À ce titre, le choix de l’indicateur est primordial.

ACP FORMATION : Quelle est la valeur ajoutée d’un bon indicateur ?

François Chamoin : Un indicateur est un outil. Il importe d’en garantir la qualité et d’en assurer le sens. Au-delà de sa simplicité, de sa fiabilité, de son accessibilité et de sa pertinence, un indicateur doit avoir un sens et être utile à celui qui en a besoin.  La qualité de l’indicateur est à ce prix.

N’oublions pas non plus que l’indicateur peut  et doit servir au reporting décisionnel tel qu’énoncé dans le cadre de la loi LOLF.

ACP FORMATION : Un mot pour conclure ?

François Chamoin : Dans le cadre d’une mission publique donnée, un objectif général mesurable doit permettre aux divers responsables de déléguer l’atteinte des objectifs intermédiaires et opérationnels.

La mise en place d’actions correctives se fera non seulement au travers d’indicateurs de performance ou d’obtention des résultats soulignant l’efficacité, mais également par les indicateurs de pilotage relatifs aux moyens consommés pour l’obtention de ces résultats, soulignant l’efficience.

Ce mode de pilotage de la performance publique est devenu incontournable dans une période de contraction des ressources où efficacité + efficience + pertinence = performance.

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