Xavier DELAPORTE – Consultant en efficience énergétique

Xavier DELAPORTEL’achat éco-responsable est de plus en plus pris en compte dans les organisations privées et publiques et les énergies renouvelables sembleraient valorisées à l’heure actuelle comme réponse à l’épuisement des sources d’énergie non renouvelables. Xavier Delaporte, consultant en efficience énergétique et formateur pour le compte d’ACP FORMATION, répond à trois de nos interrogations en la matière.

 

La rédaction d’ACP FORMATION : Les ENR (Électricité d’origine renouvelable) sont-elles des véritables alternatives aux sources d’énergie électrique classiques ?

Xavier DELAPORTE : Il est important de souligner que les ENR (Électricité d’origine renouvelable) incluent également l’énergie produite à partir des barrages hydrauliques. Ainsi lorsque la France s’engage sur une part de 23 % d’ENR dans son mixte énergétique, il faut savoir que l’énergie hydraulique représente à elle seule en environ 13 % de la production nationale électrique sur les 14,7 % d’ENR actuels en France (78 TWh) en ajoutant l’éolien et le photovoltaique. Cette énergie propre dispose de caractéristiques qui n’ont rien à voir avec les autres sources d’énergie dites renouvelables.

L’engagement français pour 2020 est donc de développer environ 9 % supplémentaires principalement pour les autres ENR, car la construction de nouveaux barrages n’est évidemment pas envisagée. À ce jour, la France a principalement mis l’accent sur l’éolien terrestre (8 GW) et récemment sur l’éolien off-shore avec la construction d’éoliennes géantes au large du littoral français pour une production attendue de 6 GW en 2020 (1 000 à 1 200 éoliennes).

La caractéristique principale de cette énergie est son côté intermittent, liée à l’intermittence du vent ou du soleil pour garantir une production d’énergie en permanence. Ainsi, les taux de rendement pour ces 2 systèmes sont calculés sur une hypothèse de durée de fonctionnement de l’ordre de 2 200 h/an.

Cette variabilité oblige également à prioriser l’énergie produite par rapport aux autres sources d’énergies (nucléaire par exemple), c’est-à-dire utiliser toute l’énergie produite au moment où elle est produite. Il s’agit d’une production dite de base.

La rédaction d’ACP FORMATION : Les ENR, puisque produites à partir de sources illimitées et gratuites, sont-elles moins chères à l’achat ?

Xavier DELAPORTE : Non. Aujourd’hui c’est plutôt le contraire, mis à part encore une fois, l’énergie hydraulique. Pour référence le prix du MWh eolien varie de 80 € à 120 € alors que celui du MWh Photovoltaïque varie de 166 € à environ 250 € [i] ! Dans ces conditions, le développement de telles sources d’énergie, et d’un point de vue économique, ne peut se faire qu’avec l’appui gouvernemental par des subventions, des modalités fiscales particulières et surtout une obligation d’achat de la part d’ERDF en charge de la distribution d’énergie en France.

Il faut également souligner que les energies renouvelables ne sont pas non plus sans contrainte, notamment en termes de surfaces induites. En effet et pour exemple, une centrale PV au sol d’EDF développera une puissance de 60 MWc à partir de 5 tranches de 150 000 panneaux solaires et ce sur une surface de 130 Ha. Pour comparaison, la puissance produite par une centrale nucléaire (pour la majorité des réacteurs en exploitation) est le plus souvent de 900 MW.

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La rédaction d’ACP FORMATION : Dans ces conditions, pourquoi continuer à développer de telles sources d’énergie ?

Xavier DELAPORTE : Il y a plusieurs raisons à cela et celle qui n’est pas la moindre est évidemment le côté « vert » de ces énergies. N’oublions pas que les ENR sont également synonymes de géothermie, de biomasse, de biogaz, de marine, et d’hydrogène pour ne citer que les principales.

Il faut également souligner que la situation de la France, avec 78 % de nucléaire, n’est pas la même que l’Europe dans son ensemble dont la part du nucléaire était de l’ordre de 30 % avant la sortie annoncée de l’Allemagne du nucléaire. Les rejets de CO² sont donc plus importants à l’échelle européenne. La réduction des GES (gaz à effet de serre) est un effort européen qui doit être partagé par l’ensemble des pays européens et la France doit y jouer son rôle.

L’enjeu est aussi économique avec le développement de filières économiques, sources de création d’emploi.

Les technologies évoluent, les prix des matériaux baissent (notamment le silicium, base des cellules PV) et le prix des matières fossiles augmente régulièrement sans qu’elles soient disponibles indéfiniment. Il est donc légitime de penser que les prix vont baisser jusqu’à devenir compétitifs tout en conservant leurs vertus écologiques

En conclusion : rien ne sert d’opposer ENR et fossiles qui chacune réponde à un besoin et à un type d’activité. Les ENR ne remplaceront pas les Énergies fossiles, mais elles viendront les compléter de plus en plus efficacement.


[i] Données AIE 2010 sur la base de prix maximum.

Xavier DELAPORTE

Consultant en efficience énergétique

Effigreen Consulting

Supinfo – Supelec

+33 6 69 52 87 83

Xavier.delaporte@effigreen-consulting.net

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[i] Données AIE 2010 sur la base de prix maximum.

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