La gestion d’une opération de travaux : quels enjeux ?

Doyard_Pierre DOYARD
Formateur consultant management de la maîtrise d’ouvrage

ACP FORMATION : Pierre DOYARD, vous êtes consultant-formateur en management d’opérations, et enseignant dans un master Maîtrise d’Ouvrage et Gestion de Patrimoine Bâti (*). Quelle place donnez-vous aux réglementations et au droit des marchés dans les différentes missions que vous développez ?

Pierre DOYARD : Gérer une opération de travaux ou de construction d’un ouvrage requiert des compétences et connaissances multiples dans tous les domaines : technique, urbanisme, administratif, juridique, financier, comptable…Les enjeux, notamment économiques, sont de taille. Chaque acte, chaque décision aura une conséquence palpable sur la qualité de la conception, de la réalisation, et sur le résultat même de l’achat : l’ouvrage. On est ici dans le domaine du concret, qui touche également à l’humain : par sa destination l’ouvrage doit répondre à une fonction : abriter des activités humaines (bâtiment) ou mettre en relation ces activités (infrastructure).

Dans cette perspective, le représentant du maître d’ouvrage doit mettre en œuvre toutes les obligations réglementaires au service de l’objectif unique : la qualité.

Compte tenu de la multiplicité des acteurs impliqués dans une opération, tous liés au maître d’ouvrage, les aspects contractuels sont bien sûr déterminants dans la recherche et l’atteinte de ces objectifs . Une multitude de catégories diverses d’achats vont émailler le déroulement de l’opération : marchés de services, de prestations intellectuelles, d’études préalables, de maîtrise d’œuvre, marchés de fournitures, marchés de travaux.

Il est donc essentiel de connaître parfaitement toutes les règles de passation et d’exécution pour mettre en place une vraie stratégie d’achat au service de l’opération.

ACP FORMATION : Qu’entendez-vous par « stratégie d’achat » ?

Pierre DOYARD : Deux types de réglementations marchés seront applicables selon le cas : le Code des marchés publics, ou l’ordonnance de 2005, et ses décrets d’application. On pourrait considérer leur contenu et les règles qu’elles contiennent comme un cadre rigide, très contraignant à mettre en œuvre. On peut aussi considérer les règles de passation et d’exécution comme une large panoplie d’outils à choisir pour mettre en œuvre les procédures. Il ne s’agit plus là de subir des contraintes lourdes et implacables mais plutôt de connaître le plus parfaitement possible les avantages et inconvénients de toutes les règles du jeu, afin de réaliser des choix successifs porteurs de qualité (de la relation contractuelle, de l’exécution), tout au long de l’opération, depuis la phase initiale de définition du besoin jusqu’à la réception et la mise en service.

Ces choix engendrent et sont la conséquence de clauses contractuelles, qui régissent les relations entre les acteurs . La stratégie à développer consiste donc à ANTICIPER les configurations et les événements, et à viser la COHÉRENCE entre tous les contrats ( maîtrise d’œuvre, ingénierie connexe, CSPS, CT, CSSI, travaux…).

 

ACP FORMATION : Quelles sont les conditions de la mise en place et de la réussite de ces « stratégies » d’anticipation et de cohérence ?

Pierre DOYARD : Le passage obligé est en premier lieu l’acquisition d’une culture commune au sein des équipes de conduite d’opérations, qui intègrent toutes les composantes et spécialités : juristes, financiers, techniciens, administratifs, comptables. Cette vision devrait aussi être partagée par les acteurs externes : maîtres d’œuvre, entreprises, etc., afin de faciliter les échanges et les prises de décisions.

Cette culture juridique et réglementaire prend appui sur une connaissance commune de la réglementation et des outils de la réglementation, d’une part, et sur un partage des objectifs en termes d’achat le plus en amont possible dans le déroulement de l’opération. À titre d’exemple, un chargé d’opération établira avec le « référent » achats et marchés, dès l’initialisation de l’opération, un planning de passations des différents  marchés, en envisageant simultanément les possibilités diverses de procédures tenant compte de l’environnement contextuel spécifique de l’opération.

Il convient aussi de ne pas négliger la nécessaire professionnalisation des acteurs de la maîtrise d’ouvrage. Avec un spectre très large de connaissances, mais surtout une vision globale du « cheminement opérationnel », le « grand ordonnateur » anticipera les différentes situations pour la plupart prévisibles, ou aussi aléatoires, et évitera certains écueils, très souvent fruits de l’imprévision ou l’ignorance.

Pierre DOYARD

Formateur et consultant en management de la maitrise d’ouvrage, maitrise d’œuvre, travaux, loi MOP,marchés publics, marchés ordonnance 2005,

(*) enseignant Master MOBat (Maitrise d’Ouvrage Gestion du Patrimoine Bati), Université Joseph Fourier Grenoble / UE Droit des Acteurs de la Construction/ UE Tutorat d’alternance en entreprise/ UE Analyse Comparée des Pratiques

2 Commentaires

  • bonjour,

    j’ai une consultation à faire pour une mission de programmiste. quels conseils pouvez-vous me donner ?
    merci
    cordialement

  • pourquoi les concepts d’organisation et de gestion peuvent impacter les résultats financiers d’une entreprise pour un marché des travaux?

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